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Le 27 août 2006, Barack Obama, alors sénateur de l’Etat de l’Illinois, est habillé comme un aîné somalien par cheik Mahmed Hassan, pendant sa visite à Wajir, le village natal du défunt père d'Obama, niché dans un secteur rural du Nord-Est du Kenya, près des frontières avec la Somalie et l'Ethiopie. A Nyangoma Kogelo, dans la province de Nyanza, dans l’Ouest du Kenya, pour encourager les populations à faire de même, Obama, qu’accompagnait pour l’occasion son épouse et ses enfants, se fera tester contre le VIH. (Photo AP) |
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POLITIQUE ETRANGERE DES ETATS-UNIS
ENTRE INTERETS NATIONAUX ET AFFINITES SOCIOLOGIQUES :
LES DEFIS AFRICAINS DE
BARACK OBAMA. Par Thierry ONGA.1- Etablir sa marque, face aux legs de Bill Clinton et George W. Bush : Rupture ou continuité, telle est la question.
Le monde d’aujourd’hui, qui se caractérise par une grande fragmentation politique, reste néanmoins tributaire, dans une large mesure de l’influence des USA sur tous les dossiers d’actualité pressante et, par voie de conséquence, de l’empreinte personnelle du chef de l’exécutif américain. Le nouveau président américain remplace à ce poste deux hommes dont le bilan africain, haut en couleur, a marqué plus d’un, sur le continent.
William J. Clinton fut le premier président en exercice à visiter l’Afrique, un acte significatif du reste répété par Bush ; son investissement personnel dans le processus de réconciliation nationale en Afrique du Sud, son amitié et son admiration pour Nelson H. Mandela resteront dans les mémoires pour la postérité, bien que sa décision de maintenir fermés les bureaux de l’USAID, l’agence gouvernementale d’aide au développement dans les pays désignés par le Département d’Etat comme « démocratiquement pauvres », son inertie, moralement coupable, lors du génocide rwandais de 1994, et l’aide que son administration apporta aux populations sinistrées de la Somalie dans le cadre de l’opération « Restore Hope » entretiennent à ce jour la polémique dans bien des capitales africaines, sur les prétendues visées impérialistes des USA.
Si George W. Bush quant à lui, au moment où il quitte le pouvoir, souffre de l’un des taux d’approbation les plus bas dans les sondages dans son pays, en revanche, sa popularité en Afrique n’a jamais été aussi solide : les Africains lui doivent en effet une dette durable de reconnaissance pour avoir été celui qui, raisonnant qu’il y va de l’intérêt national des Etats-Unis et sur la pression de sa foi évangélique, aura investi le plus grand montant d’aide à la lutte contre la malaria et la pandémie du VIH-SIDA : 41 milliards de dollars ! Une décision controversée de Bush vient toutefois relativiser son apparent succès avec les Africains : la création, en 2007, d’un commandement militaire américain pour l’Afrique, l’AFRICOM. Les efforts infructueux de son administration pour localiser en terre africaine cette structure lourde de signification témoignent de la méfiance des chancelleries africaines quant aux dangers qu’elle représenterait, notamment pour certains de ces chefs d’Etat parfois au pouvoir depuis plus de 25 ans.
2- Aspects politiques : Partenariat vs. Paternalisme. Du discours à la réalité.
Mais au-delà des personnalités individuelles de chacun, les intérêts politiques et l’action des groupes de pression, notamment ethniques, guident - plus que touts autres éléments, du moins selon la théorie libérale[i] - la politique étrangère des Etats-Unis[ii]. Dans ce sens, la promotion de l’Etat laïc, l’Etat de droit et le respect de la légalité républicaine, la bonne gouvernance, la démocratie par des élections libres et transparentes, la décentralisation politique et une société civile active et engagée, la protection des minorités et la valorisation d’un « marché commun africain » restent, notamment pour TransAfrica[iii], un des lobbies noirs les plus influents de ces dernières années à Washington, D.C., au cœur de l’action américaine. On notera toutefois, dans cette liste de « principes non-négociables », l’absence subtile de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, un sujet qui demeure controversé, continuant divisant les communautés africaines, de part et d’autre de l’Atlantique… La fin de la guerre froide a éliminé les contraintes du clientélisme qui a caractérisé cette période. Avec les événements du 11 septembre 2001, toutefois, une nouvelle menace se fait jour, avec la possibilité pour certains Etats africains de servir de base arrière à des organisations terroristes. Si, dans le passé, il paraissait facile d’envisager une action directe des forces américaines sur le continent, de tels actes aujourd’hui se solderaient presque certainement par une situation intenable sur la scène internationale. La création en 2007 du commandement militaire unifié pour l’Afrique (AFRICOM, temporairement basé à Stuttgart, Allemagne), chargé entre autres de coordonner avec l’Union Africaine et les organisations sous-régionales (SADEC, CEMAC, CEDEAO…) les activités liées au management et la résolution pacifique des conflits ainsi qu’à la sécurité des personnes et des biens. Le statu quo est l’ennemi du « changement ». Le principal défi du nouveau président sera d’encourager de manière décisive les forces de l’alternance politique en Afrique, tout en établissant - sans la suffisance à laquelle nous ont habitués les dirigeants occidentaux - une relation de confiance, avec les populations privées de liberté depuis trop longtemps, et convaincre les dirigeants réactionnaires, tel le Zimbabwéen Robert Mugabe, qu’ils sont, réellement, « sur la mauvaise pente de l’histoire.[iv]»
3- La situation sanitaire.
Il y a 10 ans Gottlieb Monekosso, ancien directeur pour l’Afrique à l’OMS et ministre Camerounais de la santé publique, s’interrogeait tout haut, lors d’une rencontre entre professionnels de la santé à Yaoundé, s’il n’était pas plus adéquat de rebaptiser les ministères de la santé en Afrique en « ministères de la maladie ». En effet, la situation dans certains pays est si grave qu’elle nécessite une approche véritablement globale et décisive. L’attention donnée à la pandémie du VIH-SIDA par la communauté internationale certes louable, reste pourtant limitée aux cas extrêmes les plus médiatisés. Un engagement renouvelé des organismes d’aide et des pays dit développés, notamment des Etats-Unis, dans la mise à la disposition des populations sinistrées du vaccin contre la malaria pour ne citer que cet exemple (un vaccin qui existe, mais qui coûte encore trop cher, les industries pharmaceutiques occidentales se refusant à en « démocratiser » l’accès), aiderait à éradiquer cette cause première de mortalité en Afrique, et un anachronisme insultant, au troisième millénaire. Car, comme le dit si bien Tessy Bakary, Professeur Agrégé de science politique à l’Université Laval, « les maladies n’ont pas besoin de visa».
4- Données économiques : l’Afrique au marché mondial.
De l’avis de plusieurs observateurs de la scène macroéconomique mondiale[v], la globalisation des échanges, censée apporter la prospérité en Afrique, se traduit aujourd’hui par un déséquilibre défavorable, pire que par le passé, pour les pays pauvres très endettés, notamment en ce qui concerne les infrastructures et l’investissement étranger. La déréglementation des filières d’importation, la levée des barrières douanières, les privatisations des sociétés d’Etat et plus généralement le désengagement de l’Etat du secteur économique, toutes des mesures promues par les institutions de Bretton Woods comme catalysant la relance économique n’ont, à ce jour, toujours pas produit les effets escomptés. Pour l’instant, la mondialisation ne semble se réduire qu’au renforcement des marchés régionaux (Europe, ALENA …) et une délocalisation limitée et ciblée vers certains pays du Sud (Inde, Chine…). Le continent ne compte que pour à peine 1% du volume total des échanges mondiaux. Paradoxalement, l’Afrique regorge de ressources naturelles et minières, dont la quantité va diminuant au fil des ans, grâce à une exploitation sauvage. L’Afrique continue d’appeler de tous ses vœux un nouvel ordre mondial plus juste et plus équitable.
5- Contrer l’impérialisme démographique chinois.
Beaucoup a été dit sur le sujet de l’expansion de la Chine, mais son investissement sans précédent sur le continent a sans doute pris plus d’un analyste par surprise. Les raisons de cette arrivée en force sur le continent s’expliquent aussi bien par la vitalité de l’économie chinoise, qui s’est reformée et adaptée au système international, plutôt que d’essayer de le combattre, leur appétit « gargantuesque » pour les sources énergiques et de nouveaux marchés, et le recul des Européens, consécutif à la construction de l’Union Européenne – suivant le vieil adage « la nature a horreur du vide ». Mais au-delà des explications économiques classiques, une autre explication, sociologique celle-là, justifie leur succès avec les Africains : les Chinois ont réussi à se faire accepter de leurs pairs africains comme leurs égaux, sans « prétention civilisatrice », venant d’un pays aussi « laissé pour compte » que les pays africains dans le concert des nations, et ravivant le vieux rêve de « coopération Sud-Sud » du lendemain des indépendances et des années du mouvement des non-alignés. Mais ce dont les Africains ont vraiment besoin, c’est d’un marché véritablement ouvert et compétitif. Ni l’Europe dont la liste de contrats scélérats à travers l’histoire a fait l’objet de livres entiers, ni la Chine dont les scandales liés à l’opacité du système et la qualité approximative des produits défraient régulièrement la chronique, ne sont en mesure de produire ce changement.
6- Considérations culturelles : renouveler la fraternité, par delà les océans et les malentendus séculaires.
Les relations culturelles entre l’Occident et le Sud restent tendues, pour bien des raisons qui ont fait l’objet d’études approfondies. Le nouveau président a déjà commencé à s’y atteler, avec son « offensive de charme » en direction du monde arabe. Mais il est un aspect de la question qui semble déjà être positif : l’élection de Barack Obama porte l’espoir de voir une nette amélioration des rapports entre les noirs américains et leurs frères du continent noir. Les récriminations, liées à l’histoire et la géographie, n’ont en effet pas manqué, de part et d’autre[vi]. Avec Obama à la Maison Blanche, c’est, véritablement, une nouvelle ère qui s’ouvre. Marcus M. Garvey, Jr, W. E. B. Du Bois doivent sourire, dans leurs tombes…
7- Les « hommes et les femmes » du président.
Madame Clinton, qu’on ne présente plus, est passée de rivale opiniâtre, lors des primaires du parti démocrate, à supporter active du président, dont elle a aujourd’hui la charge de coordonner et d’implémenter la politique étrangère. S’adressant au personnel de l’Agence américaine pour le développement international au lendemain de sa prise de fonction, Hillary Clinton déclarait : « nous concevons la défense, diplomatie, et le développement comme les trois piliers de politique extérieure américaine. Ce n'est pas de la rhétorique. C'est notre engagement. Ceci est si important que le président et le vice-président sont venus ici aujourd’hui, mon premier jour et leur deuxième jour de leur mandat, pour renforcer ce message.»[vii]
Susan Rice connaît bien l’Afrique où elle a occupé le poste de Secrétaire d’Etat Assistant pour les Affaires Africaines sous le président Clinton et la Secrétaire d’Etat Madeleine Albright. Elle n’y compte d’ailleurs pas que des amis. En effet, les protagonistes de la crise du Congo-RDC par exemple, gardent d’elle le souvenir d’une « dame de fer », qui déclarait sans ambages en 1998, au sujet du Maréchal-président : « Anything is better than Mobutu .[viii]»
Le 26 janvier 2009, Susan Rice présentait ses lettres de créances au Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-moon et, répondant aux questions des journalistes, affirmait que les buts des Etats-Unis aux Nations Unies sont quadruples : "Renforcer la capacité de l'organisation à s'engager effectivement dans des opérations complexes de paix à un moment où les fardeaux et les défis placés sur l’organisation sont plus grands que jamais; faire avancer notre agenda national et collectif pour relever les défis du changement climatique et de la non-prolifération des armes dangereuses, et remettre les Etats-Unis au centre des efforts internationaux de soutien à la lutte contre la pauvreté et la maladie, et réaliser les objectifs du millénaire en matière de développement (MDG).[ix]"
Jendayi E. Frazer a pris ses fonctions comme Assistant Secrétaire pour les affaires africaines le 29 août 2005. Avant sa tâche courante, Dr. Frazer a servi d'ambassadeur des États-Unis en Afrique du Sud. Juste avant sa charge d'ambassadeur, le Dr. Frazer était conseiller spécial du président et directeur des affaires africaines au Conseil pour la Sécurité Nationale.
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